Interview David Carter

SIMONE : Depuis que nous nous connaissons, cette question revient régulièrement dans nos conversations : que pouvons-nous faire pour rendre le monde meilleur ? Quelle est la vision de David Carter ?

DAVID : Je pense que ma vision du monde correspond à celle de beaucoup de gens : un monde sans guerres, sans injustices et pauvreté. Un monde où les gens auraient des valeurs, se préoccuperaient de l’Autre … c’est une vision certes utopique, mais … beaucoup de rires aussi, beaucoup d’amour. C’est ma vision un peu romantique d’un monde meilleur.

SIMONE : Tu es romantique ?

DAVID : Difficile à dire, comment est-ce que l’on mesure son romanticisme en comparaison avec les autres ? Je pense que la réponse est sans doute « oui ». Je ne suis pas réellement romantique, même si je vis dans un très beau monde, bien mis en scène. Mais je ne suis pas matérialiste, et l’amour, être aimé, c’est pour moi très important. J’adore le cinéma, j’adore l’idée de tomber amoureux, les papillons dans le ventre, les étincelles … j’aime vraiment ça. J’ai déjà du temps derrière moi, beaucoup de déceptions, mais je ne suis pourtant pas devenu un cynique. Je reste naïvement optimiste, et ainsi est ma vision du monde, de la vie et de l’amour. Et je peux dire que j’ai vécu des expériences magnifiques aussi.

SIMONE : Comment est-ce que cela s’exprime dans ton travail ? C’est mélangé quelque part …

DAVID : Je me considère comme très chanceux. Je n’exerce pas un métier que je hais, je ne dois pas aller à un bureau à 9h et en ressortir à 17h pour que ma vraie vie commence … Ca, c’est le lot de beaucoup de gens. Leur travail est leur gagne pain, il leur permet simplement de payer les factures. Pour moi, la vie et le travail sont liés. Il est difficile de les séparer, et j’adore ça. J’aime vraiment ce que je fais, et je passe du temps avec des personnes que j’apprécie. C’est super. Evidemment, il y a des hauts et des bas, c’est difficile d’arrêter, il n’y a pas de limites, pas de « Stop, ça, c’est mon temps à moi ».

Copyright David Carter

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SIMONE : Qu’est- ce que c’est, le 40 winks ?

DAVID : Le 40 winks a ouvert il y a 4 ans. J’ai eu cette folle idée de créer le premier
mini boutique-hôtel du monde. En fait, c’est ma maison, c’est là que j’habite dans l’Est de Londres. C’est devenu l’un des hôtels les plus appréciés dans le monde. Le magazine Vogue nous a donné le titre de Plus beau boutique-hôtel du monde. Nous sommes élus l’un des 50 lieux essentiels à visiter dans le monde. Beaucoup de gens aiment cet hôtel.Ce n’est pas un hôtel conventionnel. Il n’y a pas de concierge, de room-service, de spa.
Je dirais que c’est une expérience qui vous plonge dans un autre univers. Je reçois régulièrement des cartes postales ou des emails de mes anciens hôtes. Ils disent que leur séjour ici à changé leur vie.Pour le meilleur, j’espère … Je ne peux pas penser à un plus beau compliment. C’est avoir crée une expérience qui a vraiment eu un impact sur les gens.

SIMONE : Est-ce que c’est un voyage dans le temps ?

DAVID : D’une certaine manière, ce l’est. C’est une bulle. Quand on entre, on laisse derrière soi le bruit de la rue, on entre dans ce couloir presque vide, avec le Jésus qui porte des chaussons. Il y a un côté surréaliste. Comme Alice qui va pour la première fois au pays des merveilles. Le temps ne marche pas pareillement ici qu’ailleurs. C’est une bulle avec son ambiance propre. Parfois, les gens me disent qu’il y a une odeur propre à cette maison. Comme un cocon. Je crois c’est ce que ressentent les gens.

SIMONE : C’est ton cocon, les gens entrent dans ton univers.

DAVID : Oui, Carter-world. Mais ce n’est pas aussi simple. Des personnes assez intelligentes qui sont restés ici essayé de décrire leur séjour ici. Ce n’est pas quelque chose qui vous est servi tout cru. Cela dépend de ce que les gens apportent eux-mêmes. Il faut être ouvert, avoir une envie de tester quelque chose de nouveau. Ceux qui s’attendent à une espèce de performance théâtrale risquent d’être deçus. Comme pour les Bedtime Story Nights. Les visiteurs se déguisent, on les incite à faire des bruits bizarres. Le public doit participer. Comme ça, ils deviennent acteurs dans leur propre pièce de théâtre. Des acteurs au lieu d’être uniquement des spectateurs ou observateurs qui ne font qu’assister à une scène, qui se diraient: là-bas, c’est la scène, nous, nous sommes le public. Je veux briser ces limites. Nous avons souvent des gens très connus qui viennent ici. Mais il n’y a aucun traitement de faveur pour eux. Et souvent, ils adorent ça. Qu’il n’y ait pas de domestique zélé. Ils peuvent se détendre, ne pas être la personne que l’on attend qu’ils soient. Ce que mes hôtes apportent, c’est important. Ce n’est pas juste mon monde, mes règles. Ils apportent quelque chose, et ils sont parti de la dynamique.

Copyright David Carter

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SIMONE : D’où vient ton inspiration ?

DAVID : Oh, je ne sais pas … C’est la question qui revient régulièrement dans les interviews « D’où vient votre inspiration, Mr Carter ? ». Je pourrais dire que c’est Dieu, ou une inspiration divine … Mais la réalité est que je ne sais pas, l’inspiration vient de partout. Tu rencontres quelqu’un, tu discutes avec une personne qui t’inspire, qui te motive, qui te fait penser à quelque chose … c’est autour de nous.

SIMONE : Tu crois en Dieu ?

DAVID : Je ne suis pas croyant, je ne crois pas en Dieu. J’ai une sensibilité religieuse, spirituelle. Je pense que c’est vraiment important, il y a beaucoup de valeurs que l’on trouve dans le christianisme. J’ai essayé, mais j’ai échoué de croire en Dieu.

SIMONE : Tu as essayé et échoué ? (rires)

DAVID : J’ai échoué. Ca n’a pas marché. J’ai étudié les écrits bibliques, j’ai toujours été fasciné par ça. Mais ma philosophie à moi est un grand mélange entre l’existentialisme français, le bouddhisme et une pointe d’autre chose. C’est plein de trous et de contradictions, mais ça fonctionne pour moi. J’aimerais être une espèce de gourou, je crois que ça serait ma prochaine carrière. Je serai en lévitation dans l’air, et les gens viendraient écouter ma sagesse. Je ne sais même pas ce que je leur dirais d’ailleurs …

Copyright David Carter

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SIMONE : Qu’est-ce que tu aimerais transmettre aux autres, quelque chose qui compte vraiment ?

DAVID : La vie est un cadeau, et même si on ne croit pas en Dieu, elle est relativement courte. Vivre est pour moi une vraie chance que nous devrions chérir beaucoup plus. Nous devrions faire quelque chose de notre vie, quelque chose d’intéressant, ne pas bouder ce cadeau. Si plus de gens embrassaient ce genre d’idée, on serait au paradis. Le monde serait tellement incroyable, les gens vivraient mieux et pourraient construire un meilleur avenir pour les générations futures. Malheureusement beaucoup de gens sont égoïstes, ils ne pensent qu’à eux, sans considération pour l’Autre et les conséquences sur la planète. J’aimerais que plus de gens commencent à réfléchir et à agir pour ne pas laisser la planète dans un état encore plus détruit qu’elle était lorsque nous sommes arrivés.

SIMONE : Quand tu te projettes dans l’avenir, quelle est ta vision de toi-même ? Ta vision du futur ?

DAVID : Je ne sais pas, mais je pense que j’aimerais être heureux, avoir une belle relation, être en vie … que tout fonctionne encore, que j’ai mes propres cheveux et mes propres dents. Mais ce qui m’intéresse beaucoup plus dans la vie, c’est l’impact que ma vie peut avoir sur les autres. Dans ce sens, j’ai toujours aimé me considérer comme un artiste. Parce que c’est de là que naît le grand art. C’est un désir de communiquer quelque chose qui nous relie avec d’autres personnes. Je n’ai pas envie de passer beaucoup de temps à me regarder le nombril, à m’analyser. Ce n’est pas la peur de découvrir quelque chose de terrible. Mais je suis déjà passé par là. Je préfère tourner le regard vers l’extérieur : que puis-je faire pour rendre le monde meilleur ?
Notre vie a une fin certaine – qu’est ce que je vais faire du temps qui me reste ? Ce n’est pas la question de réalisation de soi. Je pense qu’elle vient de ce que l’on apporte aux autres, et on est récompensé pour ce que l’on apporte aux autres. Ce n’est pas la raison pour laquelle je le fais, mais je souhaite donner un sens à ma vie. Ces gens qui disent : je pars en Inde me trouver ou quelque chose de ce genre – ce n’est simplement pas intéressant pour moi. Ca n’a aucun sens. Regarder la vie en face, accepter le défi de la vie et interagir avec les autres, c’est ce qui est important. Pour moi, la retraite, l’auto-contemplation, c’est vraiment égoïste et du temps perdu.

SIMONE : Et qui es-tu, David Carter ?

DAVID : Qui je suis ? Je ne sais pas. Je suis tout le monde. Je suis toi … Je pense que c’est aux autres de dire qui ils pensent que je suis. Et je pense que l’on devrait me juger selon mes actes. Seulement si les personnes ont le temps, et ont envie de le faire. C’est difficile à dire. Je suis tout. Je suis quelqu’un de gentil, d’attentionné, mais je peux être terrible. Nous êtres humains sommes tous comme ça. C’est dans nos gènes. Nous sommes tout ça. Et il n’y a pas juste un seul David Carter. Ca serait terrible, et j’en serais malheureux. Je considérerais ma vie comme un échec. Je suis juste moi, qui que ce soit, ce moi … Et cela vient des expériences que les gens ont avec moi. Toi par exemple, tu as une bonne expérience : tu m’aimes bien, j’espère. Mais c’est ton expérience. D’autres pensent que je suis un snob, que je suis arrogant. Les gens ont des expériences différentes, et c’est ce que l’on appelle perception. Les gens voient ce qu’ils ont envie de voir. Et finalement, cela m’est égal. Parce que je suis simplement heureux avec moi-même. Je ne suis pas quelqu’un, je suis qui je suis, et ça, ça change tous les jours. Rien n’est figé, gravé dans le marbre.

SIMONE : Merci beaucoup, David …

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